Marées vertes : une opportunité pour la Bretagne de réinventer son modèle agricole

Le modèle agricole productiviste breton est en crise. Les marées vertes en sont l’une des manifestations visibles, la pointe émergée de l’iceberg. Mais elles représentent aussi pour la Bretagne une opportunité de se réinventer. A condition que le prochain exécutif régional soit à la hauteur du défi de la transition agricole.

Observées pour la première fois en quantité significative en 1971 à Saint-Michel-en-Grève près de Lannion, les algues vertes prolifèrent sur les plages bretonnes d’avril à septembre, tant et si bien qu’on parle aujourd’hui de véritables marées vertes. 50 ans après, plusieurs programmes publics mis en œuvre (Bretagne Eau Pure, deux Plans Algues Vertes, Plan Breton pour l’eau) et des millions d’euros d’argent public investis, le problème n’est toujours pas résolu.

Les risques sanitaires sont élevés. En pourrissant sur le sable ou les vasières, les algues vertes dégagent du sulfure d’hydrogène, un gaz qui à concentration élevée, peut s’avérer mortel en quelques minutes. Depuis plusieurs décennies, plusieurs décès suspects d’individus et d’animaux ont été recensés.

Les algues vertes prolifèrent sur les plages bretonnes dans des conditions particulières : baies fermées, faible profondeur de l’eau qui favorise la photosynthèse, ensoleillement, mais surtout la présence de nutriments (phosphore et azote) dont les algues se nourrissent. A la fin des années 1990, les études scientifiques ont établi deux constats. Premièrement, le facteur limitant, celui sur lequel on peut agir pour éviter la prolifération algale, est l’azote. Deuxièmement, l’azote apporté par les cours d’eau est essentiellement d’origine agricole, à travers les nitrates. Il provient des engrais minéraux utilisés pour fertiliser les cultures en excès par rapport aux besoins des plantes et des déjections animales issues de l’élevage industriel. Et la Bretagne se caractérise par un élevage hors sol et des importations massives d’aliment pour bétail (donc des déjections qui excèdent la capacité du sol à les absorber).

Une faible qualité des eaux bretonnes

Dans les années 1960, le taux moyen de nitrates dans les eaux bretonnes ne dépassait pas les 5 mg/litre. En 1998, après presque 40 ans d’industrialisation de l’agriculture, il atteint 52 mg/l ! Suite aux actions des associations environnementales et aux efforts des agriculteurs, qui ont mis fin aux excès les plus criants, comme les sur-épandages, le taux est descendu à 32 mg/l en 2018, équivalent à celui de 1990.

Mais la situation reste très préoccupante :  selon les scientifiques, seule une concentration en nitrates située entre 10 et 20 mg/l suivant les bassins versants permettrait de réduire de moitié environ les échouages nauséabonds d’algues vertes.

Ce taux compromet également la possibilité pour la France de se conformer à la directive-cadre européenne sur l’eau imposant 100% des masses d’eau côtières en bon état à l’horizon 2027. Avec la menace d’une amende infligée par l’Europe. Or seulement 32 % des masses d’eau bretonnes sont en bon état en 2019 et seulement 3% en Ille et Vilaine.

Une action des pouvoirs publics et de la Région jugée clairement insuffisante 

Le dernier rapport de la Cour des Comptes sur les algues vertes dont les premières conclusions ont fuité dans la presse rappelle que la réduction de l’azote est bien la seule action permettant de limiter ces marées vertes. Il pointe l’absence d’objectif quantitatif partagé par les acteurs, la faiblesse relative des moyens financiers engagés (50,9 M€ en dix ans, à comparer aux chiffres entre 435 et 614 M€ par an des subventions de la PAC versées au secteur agricole), ainsi que la diminution des contrôles depuis 2010 (-73%). La responsabilité de l’exécutif régional est également en cause, notamment en raison de l’absence de conditionnalité des aides aux filières agro-alimentaires en termes de prévention des fuites d’azote.

  • Nos propositions concrètes au niveau régional pour lutter efficacement contre les marées vertes et réinventer le modèle agricole
  • Accompagner et soutenir les agriculteurs et les agricultrices dans la transition agricole, en concentrant les aides régionales vers une agriculture liée au sol, autonome, diversifiée, respectueuse de la santé et des équilibres écologiques, afin de désintensifier les systèmes tout en dégageant une valeur ajoutée locale permettant une rémunération satisfaisante du travail agricole
  • Faciliter et amplifier l’installation de nouveaux agriculteurs, avec des projets d’agro-écologie, en renforçant le rôle et le contrôle de la Région sur le foncier (contractualisation financière exigeante avec la Safer sur la priorisation à l’installation, intervention active de l’EPFB en matière de réserves foncières agricole, soutien aux EPCI qui font du portage de foncier agricole,  renforcement des moyens d’animation aux dispositifs existants sur la transmission et l’installation, soutien financier accru aux réseaux associatifs qui agissent auprès des cédants, des porteurs de projets, des collectivités et des citoyens pour faciliter l’accès au foncier et l’installation agricole)
  • Favoriser l’utilisation des amendements organiques (fumiers et composts) par rapport aux engrais minéraux issus de l’industrie chimique
  • Fixer un objectif clair : réduire de moitié les algues vertes en Bretagne d’ici 2027 au plus tard. Fixer pour chaque baie des objectifs de changements de pratiques agricoles à l’horizon 2027 qui soient évaluables
  • Créer un système ouvert d’informations sur les fuites d’azote et la fertilisation, entre les bassins versants

 

Un commentaire

  1. Bjr, Je viens de lire vos propositions avec attention.
    Ces jours-ci en voyageant en Bretagne, on voit des bas-cotés des routes encombrés “d’herbes folles” style “théal -nom breton, je ne connais pas le nom français-, folle avoine….etc. Juste attenant à ces bas-côtés il y a des champs labourés dans lesquels on demande aux paysans-agriculteurs de ne plus utiliser de pesticides -produits nocifs pour la santé de chacun-. Or ces herbes folles prolifèrent à vitesse grand V -notamment la “théal” dont les graines s’envolent au vent. Pour REMEDIER il faut revenir aux fauchages réguliers (2 à 3 fois au printemps etc) des bas-côtés et oublier “le maintien de la diversité des plantes” qui ne sert qu’à limiter le travail des salariés les plus humbles !!!!!! MERCI

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