Appel sensible

J’ai reçu un coup de téléphone très touchant. Un monsieur de 72 ans qui voulait m’interpeller sur le sort que l’on réservait aux arbres : coupes claires des forêts, abattages d’arbres remarquables, destructions de haies. Son constat, je le partage évidemment, mais ce que j’ai retenu de plus fort de cette discussion, c’est l’intensité de son désarroi face à l’implacable rapport de l’Humain à la Nature.

Il me racontait ses souvenirs d’enfance dans l’Oise et le désert de grandes parcelles vouées à l’agriculture industrielle qu’était devenu ce territoire. Sa peur aussi de voir la même chose se produire ici, en Bretagne où il avait passé sa vie et dont il voyait le bocage reculer chaque jour un peu plus. Cette émotion sincère m’a touchée et me parle évidemment. C’est aussi cette relation sensible au monde qui fonde nos engagements écologiques.

Un arbre, c’est immense. Le chêne majestueux que l’on croise au détour d’un chemin a été planté là bien avant notre naissance et pourrait nous survivre longtemps. Si on lui en laisse la possibilité… Il nous rappelle l’humilité de notre condition, notre finitude. Notre juste place dans l’écosystème aussi. Est-ce que c’est ce qui nous est insupportable ?

Ces arbres, il nous faut les protéger, ils sont notre meilleur rempart face au changement climatique. Ils sont la partie la plus visible de la biodiversité dont notre vie entière dépend. Un monde où nous sommes bien fragiles face à l’infiniment petit d’un virus qui nous terrasse, face aux centaines de milliers d’années nécessaires pour créer l’humus des sols qui nous offre aujourd’hui de quoi nous nourrir. Un monde où pour prouver notre force malgré l’évidence nous contraignons le vivant sans jamais l’habiter vraiment.

L’écologie, ce n’est pas « sauver la planète », elle a survécu à l’extinction des dinosaures et nous survivra encore. C’est préserver un monde vivable et sain pour que l’humanité s’y épanouisse. C’est porter la responsabilité et l’espoir pour notre avenir.

Si le sujet de notre manière d’habiter le Vivant vous intéresse, vous pouvez lire : “Manière d’être vivant” de Baptiste Morizot chez Actes Sud.

 

Claire Desmares-Poirrier

Laisser un commentaire